TRIBUNES SUR L'ACTUALITE

Articles personnels

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Indications sur les méthodes de recherche:

La rédaction des présents articles résulte du croisement d'informations provenant de la presse nationale et internationale, de sites aux prises de positions extrêmes, de médias officiels (le Monde, Le Figaro, Slate, etc...), d'ouvrages universitaires spécialisés en Relations Internationales  et enfin de rapports parlementaires (Sénat, Assemblée Nationale, Foreign Office, State Departement, etc...). Cette matière de recherche est privilégiée par l'Histoire Immédiate.

Associé à l'analyse et l'esprit critique, le tout a l'ambition d'atteindre, de manière asymptotique, une analyse assez objective, si tant est que cela soit possible (impossibilité de pénétrer les arcanes de différents pouvoirs).

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AFRIQUES

AFRIQUE DU NORD

- Les OPEX françaises au Sahel (2012-2013) :Une mutualisation américaine sous drapeau français (décembre 2013) mali-article-complet.pdf mali-article-complet.pdf

 - L'émergence de l'Afrique: un mirage? (février 2014) journaliste.docx journaliste.docx

 

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"MOYEN-ORIENT"

"MONDES ARABES"

"IRAN"

"L'accord international sur le nucléaire iranien n'est qu'un apparent succès"

(Entretien publié dans la Dépêche du Midi, sous une forme raccourcie)

Pierre Chailler: L'accord signé avec l'Iran a été qualifié d'historique. Comment la communauté internationale va-t-elle s'assurer que Téhéran poursuivra son programme nucléaire civil sans développer de programme militaire ?

Nicolas Ténèze: L’accord signé entre l’Iran d’une part, et le 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne) oblige à réduire l’enrichissement de l’uranium, la production de plutonium militaire, renforcer les sanctions, en échange de l’assouplissement de l’embargo commercial. Hélas, l’accord n’inclut pas toutes les installations iraniennes. Quant bien même, les inspecteurs de l’AIEA, aidés de leurs collègues états-uniens notamment, ne peuvent visiter des centres atomiques non déclarés. A cela s’ajoute le fait que la Chine, la Russie et la Corée du Nord, parties prenantes dans ce programme nucléaire iranien, peuvent sous-traiter sur leurs propres sols des expériences atomiques iraniennes. Dès lors, l’accord dit historique entretient uniquement l’apparence d’une victoire diplomatique. Cela rappelle un précédent, celui de la Corée du Nord. Combien de fois nous a-t-on vanté le succès de négociation dans les années 90 et 2000. Tout le monde sait ce qu’il est advenu du programme nord-coréen.

 

PC: La levée progressive des sanctions aménera-t-elle l'ouverture espérée de la société iranienne et un assouplissement du régime des mollahs ?

NT: La société iranienne présente un degré d’ouverture assez élevé, nonobstant la permanence de la peine de mort, le contrôle national d’Internet, ou les peines à l’encontre des couples de même sexe notamment. Malgré la chape de plomb des Gardiens de la Révolutions et des Mollahs, les Iraniens pratiquent un concept cher au chiisme, la fameuse Takiya, c’est-à-dire l’art de la dissimulation, ici appliqué à la politique. Autrement dit, ce que présente l’Iran de l’extérieur ne correspond pas à la réalité. Le pays s’est déjà ouvert au tourisme, finance un cinéma de qualité, accueille sur son sol des entreprises performantes. Mais le poids de la religion, associé à sa récupération politique, oblige les Iraniens à respecter des principes dans les espaces publiques, principes oubliés dans la sphère privée.

 

PC: Quelles réactions de l'Arabie Saoudite, l'un des principaux ennemis du régime iranien, alors qu'elle cherche par tous les moyens a renforcer l'hégémonie sunnite dans la région ?

NT: L’Arabie Saoudite, la première théocratie dictatoriale au monde, combat effectivement les intérêts de l’Iran chiite au Yémen, en Irak, en Syrie, au Bahreïn. Si l’Iran respecte l’accord qui vient d’être signé, alors Téhéran ne pourra prendre l’ascendant dans la région avec la menace de futures armes nucléaires. Pour Riad, il s’agit donc d’une victoire, car Etats-Unis, France, Royaume-Uni, et Allemagne sont des alliés combattant pour ses intérêts et vice-versa. Pour autant, l’arme nucléaire n’est plus tout à fait adaptée aux problématiques du XXie siècle, ce qui explique peut-être le revirement iranien. Ce que je veux dire, c’est que le financement de groupes terroristes par l’Iran, le Qatar, l’Arabie Saoudite notamment s’avère bien plus rentables que des armes nucléaires.

 

PC: Et Israël ?

NT: Netanyahou n’a pas confiance dans le groupe des 5+1 et encore moins dans les initiatives des instances internationales. Il a fait espionner à plusieurs reprises les pourparlers. Le Premier ministre pense en effet que l’occident reste trop faible face à la duplicité iranienne. Aussi, il prônait des frappes aériennes pour neutraliser les sites stratégiques, ce qu’Obama n’a jamais souhaité à cause du risque d’engrenage militaire.

Mais Israël n’a rien à craindre d’une bombe iranienne. L’Etat hébreu dispose en effet de 200 ogives nucléaires, de boucliers antimissiles, d’une puissante armée. De plus, par l’intermédiaire de cyberattaques, Tel-Aviv et Washington ont nuit gravement à ce qui rester du programme nucléaire iranien. Mais paradoxalement, Israël n’est pas hostile à un Iran puissant, pour continuer à exiger des Etats-Unis une aide économique et militaire annuelle.

- Printemps arabes, hiver intellectuel français (août 2013)

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ISRAEL

La dissuasion israélienne: Entretien avec l'auteur

Couverture livre

Brian Chrysler : Nicolas Ténèze, bonjour. Vous venez de sortir aux éditions l'Harmattan, l'ouvrage intitulé : « La dissuasion israélienne : histoire d'un paradoxe». Ce livre se présente comme une version raccourcie et actualisée de votre thèse de doctorat, soutenue en 2009 à l'université Toulouse Capitole, dans la discipline science politique, mention Relations Internationales. Elle traitait des programmes d’armes nucléaires chimiques et bactériologiques de l’Etat hébreu. Pouvez-vous nous dire ce qui vous a poussé à vous intéresser à ce sujet si particulier ?

Nicolas Ténèze : Tout à commencé à l'université Toulouse Jean-Jaurès (à l'époque Toulouse le Mirail). Nous étions en 2004, au mois d'octobre précisément. Je venais de terminer un mémoire de maîtrise en Histoire contemporaine consacrée à la Ligne Maginot. Happée par les systèmes défensifs, j'ai voulu poursuivre dans le domaine de la poliorcétique en me focalisant sur la ligne de fortification israélienne nommées Bar-Lev.

Mais dans la phase exploratoire, je me suis aperçu que les documents ne manquaient pour pouvoir rédiger un mémoire de DEA (Master II en Histoire immédiate). En me renseignant sur l'armée israélienne, j’ai été amené à connaître l’histoire rocambolesque du technicien israélien Mordechai Vanunu, ancien employé du centre de recherche atomique de Dimona, venait d'être libéré de prison, après 18 ans de détention. Son crime, vous le savez, a été de diffuser des photos qu'il avait réalisé lui-même en 1985-1986, prouvant l'existence d'un programme nucléaire israélien dit clandestin. Le parcours et la personnalité de cet homme m’a  littéralement fascinée. Avant 2004, je pensais comme nombre de mes compatriotes qu'Israël et le peuple juif ne faisait qu'un. Que la solidarité entre les membres de ce peuple était absolue. Mais le cas de ce personnage remettait non seulement en cause ce poncif, mais aussi m'a ouvert les yeux sur un pays qui cristallise les opinions les plus extrêmes. J’ai donc jugé plus pertinent, plus original, de porter mes recherches sur un sujet nettement plus original, mais aussi plus sulfureux : les armes NBC israéliennes.

BC : Votre ouvrage ne traite pas seulement du programme nucléaire israélien mais se focalise également sur ses armes chimiques et bactériologiques, sur son arsenal balistique, sur ses systèmes antimissiles, et sur d'autres vecteurs pouvant transporter des armes nucléaires, chimiques, et bactériologiques. Pourquoi mélanger toutes ces thématiques ?

NT : Plusieurs ouvrages récapitulaient déjà les étapes du programme nucléaire israélien, mais uniquement de 1948 à la fin des années 1970. Il fallait donc d'abord, se distinguer et éviter le plagiat, étirer le sujet jusqu'aux années 2010, ce qui n’avait jamais été réalisé à ma connaissance jusque là. Ensuite, pour conférer encore plus de valeur à l’ensemble, j'ai effectivement traité l'ensemble des armes dites non conventionnelles de ce petit pays.

BC : Lorsque vous vous êtes inscrit en doctorat, comment  votre entourage universitaire a-t-il accueilli votre choix ?

NT : Mes proches se sont interrogés sur les finalités de ce doctorat et sur ma santé mentale (rire). Je me suis d’abord adressé à un laboratoire de recherche aujourd’hui disparu, le Groupe de Recherche en Histoire Immédiate, assez connu dans la discipline pour compter dans son équipe de chercheur les spécialistes de l’Algérie Guy Pervillé et Jacques Cantier, mais aussi Jean-François Soulet.

Mais ce département d’Histoire m'a clairement fait savoir que personne n'avait ici les compétences pour m’encadrer. En d'autres termes, la frilosité proverbiale de l’université française se révélait au grand jour. Plusieurs enseignants se sont d'ailleurs opposés clairement lorsque je leur ai présenté mon sujet de thèse. Je n’étais pas vraiment juif ni israélien, et cela suffit pour certains à vous cataloguez.

BC : Pourtant, vous ne prenez jamais parti. Vous vous dites même sioniste critique...

NT : Je suis très favorable à un Etat hébreu, qui sait se défendre. Je ne cautionne pas un Etat juif pas plus que les agressions du Hamas, ou les ripostes disproportionnés de Tsahal. Le Sinaï serait certainement plus heureux sous bannière israélienne qu’égyptienne. Mais « il n’y a pas de bons soldats dans une sale guerre », disait le héros d’un film israélo-américain. Au final, les citoyens israéliens sont aussi victimes de leur propre Léviathan hobbesien.

BC : Ceux qui vous ont critiqué ne l’on pas perçu ?

NT : Vous comprenez, en 2004, le contexte ne se prêtait pas vraiment un tel travail. La seconde intifada était entrée dans sa 4ème année. Arafat mourrait dans des conditions troubles. Les États-Unis se battaient déjà depuis un an et demi en Irak. Al Qaïda venait de commettre un attentat à Madrid. Et tous les auteurs critiquant Israël dans ce contexte tendu, comme Boniface, étaient accusés d’antisémitisme. On ne pouvait réfléchir sans avoir en tête le 11 septembre, l’esplanade des mosquées, le métro de Londres en feula seconde guerre du Liban en 2006 ou les quartiers ravagés de Falloujah.

Toujours est-il que l'administration de l’université m’a expliqué que ce sujet ne relevait pas de l'histoire immédiate. C'était un faux-semblant car en 2004-2005, le GRHI avait supervisé mon mémoire de DEA sur le traitement médiatique des ADM israéliennes, sanctionné par la mention maximale. Comme ce refus n'était pas justifié, l’école doctorale m'a donné les coordonnées d’un professeur à Sciences-po Toulouse, monsieur Michel-Louis Martin, un africaniste et sociologue militaire, président du centre Morris Janowitz. Il est vrai que ce laboratoire était spécialisé dans les questions de défense et particulièrement les programmes nucléaires de certains états dans le monde.

BC : Et dans ce laboratoire, vous avez pu correctement débuter de recherche ?

NT : La première difficulté du Doctorant consiste à trouver des financements. Les thésards qui nous liront connaissent parfaitement ce parcours du combattant. Les subventions, lorsqu'il y en a, font l'objet d'une très grande opacité dans les attributions. Si je n'avais pas déjà dans votre entourage un réseau conséquent, il est alors très difficile d'obtenir des bourses. Et en tant qu’Historien, je ne pouvais devenir prétendre à passer devant des étudiants en science politique. Monsieur Martin a pu néanmoins accélérer l’octroi dune obole de la part de l'institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN). 2500 € en tout et pour tout pour toute l'année, et seulement pour 2005-2006. Il a fallu donc que je trouve une activité professionnelle à côté. Or, mener en parallèle des recherches ambitieuses, et en même temps se battre pour obtenir des conditions de vie décentes, cela n'est pas évident. J’ai vécu pendant 3 ans avec 700 euros par mois.

BC : Vous pouviez dénicher des stages dans des officines?

NT : Avec ce sujet ? Vous plaisantez ! L’intitulé de ma thèse suffisait comme prétexte pour jeter mes dossiers de candidatures à la poubelle. Ni les ministères, ni les entreprises, ne pouvaient m’accorder un quelconque crédit (appréciez le jeu de mots). À côté de cela, des doctorants bénéficient d'allocation de recherche pour au final ne jamais soutenir de thèse. Rien que l'on sache déjà. Le système est imparfait, il l’est aussi ailleurs.

BC : À partir de quels documents avez-vous pu échafauder vos hypothèses et vos argumentaires. D’ailleurs, comment définiriez-vous l’axe principal de cet ouvrage ?

NT : Je tiens d'abord à préciser que cet ouvrage n'a presque rien à voir avec la thèse présentée en 2003 même si les hypothèses et la problématique sont similaires. D'abord, je voulais prouver l'importance de la dissuasion israélienne dans l'histoire de la guerre froide. Cela est très peu traité. Lorsqu'on fait référence aux guerres israélo-arabes, très peu d'experts mentionnent qu'en 1967 et 1973, le monde a connu d'autres crises de Cuba. Je me suis efforcé de démontrer que la bombe israélienne fut au centre des préoccupations des États-Unis mais aussi de l'URSS, de la France, et bien entendu des états de naviguer par. Il est impossible d'aborder l'histoire de la guerre froide en occultant la dissuasion israélienne. Elle est très discrète, mais apparaît sous forme de filigrane dans les conflits au Moyen-Orient, et même en Afrique australe.

BC : Effectivement, vous vous êtes intéressés à l'alliance entre Israël et l'Afrique du Sud dans le domaine des armes nucléaires, bactériologiques, chimiques et balistiques. Le partenariat est connu des spécialistes, mais vous refusez de croire à l’existence d’une bombe sud-africaine réellement nationale. Vous dites que le programme nucléaire israélien y a été sous traité. Comment en êtes-vous arrivés à cette conclusion ?

NT : Je redoutais cette question. Je n'ai pas travaillé à partir de documents de première main. Je n'avais ni les moyens d'y accéder, ni le temps de les traiter. Ne parlant que français et qu’en anglais scolaire, j'ai dû d'abord traiter toute la littérature francophone. J'y trouvais finalement beaucoup de renseignements similaires. En revanche la presse spécialisée et même quotidienne a considérablement enrichi mes recherches. Il faut rendre hommage à tous ces journalistes qui n'ont ni les méthodes de travail universitaire ni le prestige de cette fonction, et qui pourtant dénichent des détails très troublant sur certains pays. La presse israélienne, britannique, américaine, française, allemande, a fait paraître des centaines d'articles sur les questions que j'ambitionnai de traiter. J'ai croisé ces différentes données, pour y ajouter une vision critique. J'ai évidemment consulté quelques archives, mais de seconde main. Je reste persuadé que l'analyse d’archives ne permet pas de comprendre la complexité d'un phénomène d'une période. Tous les secrets d'État ne sont pas archivés, et quand ils le sont, ils sont censurés ou inaccessibles. Plusieurs auteurs spécialistes en partie de ce sujet peuvent en attester. Le journaliste médiatique Pierre Péan, l’universitaire américain Avner Cohen notamment ont publié des archives de première main, noircies en partie par la censure, ce qui altère leurs valeurs. Or, la première qualité d'un chercheur, c'est de reconnaître ses propres limites, de réduire son corpus documentaire pour se consacrer davantage à l'analyse. Le cas échéant, à sujets similaires, conclusions similaires.

BC: Vous vous êtes également servis de témoignages, la plupart du temps anonymes. Comment êtes-vous entrés en contact avec ces personnes ?

NT : Par le relationnel essentiellement. Certes, aucune des personnes interrogées n'étaient spécialistes de la dissuasion israélienne. En revanche, dans leur passé de militaire, de diplomate, de journaliste, ils m'ont renseigné sur l'état d'esprit ou plutôt les états d'esprit présent dans la société israélienne, et dans les états-majors de Tsahal. Leurs aides furent précieuses, car je n'aurais jamais pu aller en Israël pour mener les propres recherches. Ceux qui s'y sont essayés sont passés par la case prison.

BC : La question s'impose de même l'esprit : avez-vous subi des pressions quelconques ?

NT : J'ai effectivement été amené à rencontrer des personnages « originaux », dont les véritables fonctions au sein de missions diplomatiques, militaires ou universitaires s’avéraient sibyllines. Si n'étaient pas des espions, certains travaillaient en cheville avec des services de renseignements. Cela devait être des petites mains comme on dit communément. Ces personnes ont essayé de déterminer dans quel état d'esprit j'abordais la recherche. Étais-je antisémite? Étais-je anti israélien ? Pour qui travaillais-je vraiment ? Pourquoi un étudiant banal comme moi choisi t-il de consacrer au moins trois ans de sa vie à mettre en lumière ce qui est précisément d'ombres ? Pour répondre précisément à votre question, je n'ai pas vraiment subi de pressions, mais plusieurs individus ont entretenu un climat de suspicion permanent. On m'a fait comprendre qu'il ne fallait pas que les investigations se portent dans telle quelle direction. Je pense à tous ces agents qui ont dû perdre leur temps à enquêter sur moi… Dans le milieu de la science politique, vous êtes amenés à côtoyer toutes sortes d'intermédiaires. Des espions, des diplomates, des chefs d'entreprise, des militaires, des hommes politiques, et tous ont compris que le silence était d’or. Trahir un secret c'est une faute professionnelle, pour ne pas dire existentielle. Évidemment, je le savais. Il me suffisait de lire entre les lignes pour esquisser certaines pistes ou invalider des hypothèses.

BC : Vous développez quitter que la dissuasion israélienne a surtout été financée en secret, sans même que la Knesset, le Parlement israélien, puisse contrôler le bon usage des moyens qui étaient alloués à ce programme. Vous détaillez clairement les circuits permettant à Israël de détourner de l'uranium, de profiter de brevets étrangers, d'enlever parfois certains scientifiques, mais surtout, vous en êtes arrivés à la conclusion que la science nucléaire est avant tout juive. La plupart des grands noms du programme Manhattan sont effectivement juifs. Mais tous ces ingénieurs et techniciens n'acceptent pas le projet sioniste d'un État sanctuarisé par l'arme nucléaire. Quelle est au fait la proportion de cet arsenal ?

NT :: Des lecteurs doivent savoir qu'officiellement, le programme nucléaire extrait n'existe pas, comme je l’ai expliqué dans une tribune au Monde en juin 2010. Pourtant, Israël aurait conçu depuis 1966 au moins 300 armes nucléaires de puissance inférieure à la mégatonne. Certaines études soutiennent que l'arsenal nucléaire israélien renfermerait 400 ogives nucléaires. A cela s’ajoute les centres biochimiques de Ness-Ziona et de l’institut Weizmann, les centres atomiques de Dimona et Nahal-Sorek, la base de sous-marins d’Haïfa… La France, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, la Norvège, l'Afrique du Sud ont fourni à Israël tout ce dont elle avait besoin pour cela.

Les déclarations d'hommes et de femmes politiques, de généraux, ou de diplomates, sans compter les nombreuses confidences de journalistes et d'espions, ne permettent pas d'entretenir le doute sur l'existence d'un tel programme nucléaire. C'est également le cas pour les volets chimiques et bactériologiques. Mais la doctrine de l'ancien premier ministre israélien et ancien ministre de la défense David Ben Gourion, que l'on peut résumer comme la doctrine de l'opacité, a bien fonctionné pendant des décennies. À cela s'ajoute la doctrine de l'ancien premier ministre Menahem Begin qui prône la destruction de tout arsenal non conventionnel menaçant Israël, mais également l'élimination de tous ceux qui cherchent en savoir trop sur les projets secrets de l'État hébreu.

BC : Tout cela paraît logique. Aucun pays, et d'ailleurs vous le confessez, n'accepteraient que l’on vienne explorer ce qu’il veut dissimuler, au nom de la raison d'État, au nom du secret militaire. Aviez-vous mesuré les risques auxquels vous vous exposeriez, avant de débuter cette recherche ?

NT : Absolument pas. La passion et le challenge l'ont emporté sur les inquiétudes. Je n’ai pas  réfléchis à l'exploitation purement professionnelle que je pouvais extirper de cette thèse de doctorat. Si j’avais opté pour une critique du programme atomique iranien, je ferais partie de ces centaines d'experts qui en France sont intarissables sur ce sujet très médiatique. Mais mon souhait était précisément de développer un angle mort de la recherche française.

BC : Israël pourrait-il se servir des armes nucléaires, bactériologiques, ou chimiques pour se défendre ou envahir un pays ?

NT : J'ai choisi d'insérer le mot paradoxe dans le titre de cet ouvrage, parce que précisément, la plupart de ces armes non conventionnelles n'ont pas été élaborés pour servir comme on pourrait le penser. La superficie de l'État hébreu est ridicule par rapport à ses voisins. Ce pays n'a aucune profondeur stratégique. Or, les effets d'une arme nucléaire, chimique même bactériologique ne peuvent être sans conséquence sur la population civile israélienne. Ainsi donc, la bombe nucléaire se comprend comme celle de la dernière chance. L'option nucléaire porte le sobriquet « d'option Samson », du nom du héros biblique qui s’est enseveli sous les ruines du temple en écartant ses colonnes. Dans cet acte, il tue les ennemis qui s'approchent de lui, tout en se sacrifiant. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'arme nucléaire israélienne.

Toutefois, cette vision d'un arsenal aussi dangereux pour Tel-Aviv que pour ses voisins n'est plus vraiment d'actualité. En effet, à partir du milieu des années 90, Israël se dote de sous-marins lanceurs d'engins nucléaires. Le rayon d'action des missiles balistiques et de ses bombardiers s'accroît. Cela signifie qu'Israël peut frapper des pays éloignés sans craindre de retombées chimiques bactériologiques nucléaires dévastatrices. Bien sûr tout cela reste très théorique. Dès le départ, la bombe israélienne n’est pas vraiment conçue contre un agresseur frontalier, mais contre les soutiens de l’agresseur frontalier. Je m'explique. Une des préoccupations israéliennes pendant la guerre froide, était que ses bombes nucléaires puissent atteindre les ports soviétiques de la mer Noire. Vous n’êtes pas sans ignorer que l'URSS fournissait en armes et en conseillers les armées égyptiennes, syriennes irakiennes, et libyennes. Ensuite, il s’agit d’interpeller les alliés d’Israël en cas de réels dangers : « venez nous sauvez si vous voulez éviter un engrenage nucléaire ».

Actuellement, grâce à ses heures et ces missiles balistiques de portée intermédiaire, il est possible pour Tel-Aviv d'atteindre les principales capitales de ce monde. Seuls les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, la Russie et la Chine développent des capacités de « frappe en second ». Cela signifie qu'Israël et la sixième puissance dans le monde grâce à son réseau diplomatique officiel et officieux, son infrastructure technologique, son armée. Le problème, c'est que ces armes nucléaires chimiques et bactériologiques sont inefficaces contre le terrorisme, car elles demeurent inappropriées. On ne combat pas un essaim de frelons avec une ordonnance.

BC: Comment a réagi l'agence internationale a l'énergie atomique, lorsqu'il s'est avéré qu'Israël possédait l'arme nucléaire ?

NT : Les relations entre l'ONU et Israël sont très vite devenues exécrables. Cela est encore paradoxal pour un État qui a précisément été imposé dans la région par une résolution onusienne. Israël s'est affranchi des traités internationaux. Les conventions de Genève, le droit de la guerre, tout ceci lui est volontairement  étranger. En matière d'armes non conventionnelles, Israël n’a signé que la convention sur les armes chimiques. Elle n'a pas voulu intégrer le TNP, ni la convention sur les armes bactériologiques. On ne peut en vouloir aux Israéliens. Les Etats de la région ne sont pas des parangons de démocratie. Aucun des pays appartenant la ligue Arabe ne respecte les droits de l'Homme. Aussi, Israël considère comme une faiblesse le fait d'adhérer aux traités internationaux. Effectivement, même les Etats signataires de nombreuses conventions et traités ne les respectent pas toujours.

BC : Vous avez sous soutenu votre thèse en avril 2000. Pourquoi avoir attendu 2015 pour en publier une version raccourcie et actualiser ?

NT: J'ai malheureusement été très mal entouré. Beaucoup de contact m'ont proposé d'éditer mon travail. Mais au final, je n'ai jamais rien vu venir. D'autres se sont ingéniés à torpiller ce projet, avec la maladresse de l'ignorant.

Ensuite, transformer une thèse en un ouvrage se résume à réécrire une thèse dans un langage plus intelligible, dans une prose moins universitaire, tout en éliminant des détails qui pourraient gêner la compréhension du sujet. Songez que la thèse était 3 fois plus volumineuse que l’ouvrage que vous avez entre les mains. Ensuite je m'étais consacré à d'autres projets. Par corrélation, mes recherches ont dérivé vers les programmes d’Armes de Destruction Massives nord-coréen, pakistanais et syrien.

BC: Des nouvelles publications sont-elles prévues ?

NT: Oui. La crise syrakienne, le terrorisme et la cybersécurité m’absorbent beaucoup en ce moment. Il faut savoir s’intéresser à autres choses.

 

Entretien réalisé le 24 juin 2015, à Toulouse

 

- Pilier de défense: une triangulaire d'intérêts dans la quadrature du cercle palestinien (décembre 2012)

 pilier-de-defense.pdf pilier-de-defense.pdf

- Arafat a t-il été empoisonné (juin 2013)

assassinat-politique-et-rumeur.pdf assassinat-politique-et-rumeur.pdf

 - Les armes non-létales: une dérive de la légitimation de la violence (janvier 2014)

les-armes-non.pdf les-armes-non.pdf

 

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"AMERIQUE DU NORD"

ETATS-UNIS

 Obama et le déclin américain (septembre 2012)

obama.pdf obama.pdf

 

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EUROPE

L'Europe des régions contre l'Europe des nations (avril 2014) EuroregionEuroregion (769.06 Ko)

L'Union Européenne mérite t-elle vraiment le prix Nobel de la Paix? (novembre 2012) ue.pdf ue.pdf

L’existence des monarchies est-elle menacée en Europe ? (février 2014) les-monarchies-sont.pdf les-monarchies-sont.pdf

 

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EXTREME-ORIENT

COREE DU NORD

 Le programme nucléaire nord-coréen est une sous-traitance de la dissuasion chinoise (janvier 2014) cn-heavy3.pdf cn-heavy3.pdf

 

Commentaires (1)

Aurélien
  • 1. Aurélien | 07/05/2014

Bon article sur Cohn-Bendit !

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