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ARES: UN AUTRE REGARD SUR L'ACTUALITE

 

"RASSEMBLER CE QUI EST EPART POUR COMPRENDRE LE PUZZLE DU MONDE"

 

ARES (Analyse et recherche en Etudes Stratégiques) vous propose des articles d'analyse sur l'actualité internationale. 

Le site et sa revue dépend de l'Association de Défence de la Science Politique à Toulouse I Capitole.

L'objectif principal consiste à remettre en question certaines conclusions et traitement de l'information publiées dans les médias et dans des travaux universitaires.

Indépendant de toutes obédiences politiques, philosophiques, associatives ou religieuses, le site vous livre quelques clées pour appréhender d'une autre manière, le flux informationel, sans avoir la prétention d'atteindre une vérité asymptotique. N'appartenant à aucune arcane de pouvoir, il s'agit simplement de réfléchir de manière original, avec de simple outil mis à disposition: raison, logique et scientificité. 

 

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(Capture d'écran du Sketche de la Télé des Inconnus "La guerre mondiale dans le monde")

 

 

LES OBSTACLES DE LA LUTTE ANTITERRORISTE EN FRANCE

 

(16 JUIN 2016)

 

          Le terrorisme qu’il soit d’inspiration religieuse ou politique, demeure une variable permanente sur l’ensemble de la planète. Il ensanglante quotidiennement le Sahel, le Proche et le Moyen-Orient, sans oublier l’Asie centrale. En France, les actes qualifiés de terroriste semble s’intensifier depuis mars 2012, année ou Mohammed Merah frappait Montauban et Toulouse. Dernièrement encore, les attentats d'Orlando, Magnanville, Istanbul, Bagdad, Damas, Aden, etc. prouve que non seulement, le terrorisme ne décroît pas depuis septembre 2011, mais qu'il prolifère spatialement et en densité. Mais on a tendance à l’oublier, les jihadistes où ceux qui s’en réclame n’ont pas le monopole de la terreur armé. En effet, encore aujourd’hui, le terrorisme qu’il soit politique ou économique, athée ou religieux (toutes les religions sont concernées), écologique ou égoïste, tue ou blesse des civils. Mais depuis 2001, les principaux médias se focalisent sur le terrorisme islamique, parce qu’il est le plus spectaculaire et qu’il épouse les préoccupations communautaristes du moment.Larossi

 

         Or, après chaque attentat islamiste, la polémique succède à l’émotion. Les théories conspirationnistes, à ce titre, ne sont parfois guère plus ridicules que les joutes intrapolitiques accusant l'autre de laxisme, et que les explications sociologiques et criminologiques mettant en exergue que le terrorisme se nourrit de la misère, de la frustration, de la colère ou de rivalités ethniques et religieuses. Mais fort heureusement, en sciences humaines, les causes ne produisent pas les mêmes effets. Les seules lois véritables des sciences humaines sont celles stipulées dans les corpus législatifs. Autrement dit le terrorisme résulte de raisons variées qui s'articulent selon un contexte précis.

 

         Il est toutefois utile de comprendre pourquoi, en France du moins, la lutte contre le terrorisme ne semble, a priori, pas très efficace. Effectivement, les enquêtes finissent toujours par déplorer, a posteriori, que des individus condamnés par la justice, surveillés par le renseignement, et repéré sur Internet, réussissent à agir en toute liberté, nonobstant les dispositifs  coûteux autant qu'inefficaces comme Vigipirate ou Sentinelle. On s’interroge alors. Comment se fait-il que la France, qui prétend pouvoir parvenir à vaincre des forces terroristes au Sahel ou en Syrak, peine à lutter contre le terrorisme, le crime et la délinquance sur son propre territoire, comme le prouve encore dernièrement son incurie face aux casseurs, aux hooligans, aux activistes corses, aux mafieux, aux gangs, etc.. 

         

Plusieurs explications peuvent être avancées.

         D’abord, le contre-terrorisme, dans les espaces dits virtuels ou réels, mobilise beaucoup trop d’administrations. Le ministère de la Défense, hormis l'armée proprement dite, chapeaute à lui seul la Direction du Renseignement Militaire, la Direction de la protection et de la sécurité de la Défense, le GIGN, la Direction générale de la sécurité extérieure. Le ministère de l’Intérieur encadre la Direction générale de la Sécurité intérieure, le Service de renseignement de la Préfecture de la police de Paris, le RAID, le GIPN, l’office central de lutte contre la criminalité liée aux TIC, la sous-direction de lutte contre la cybercriminalité de la police judiciaire, la sous-direction antiterroriste, la Brigade de recherche et d'intervention, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste, le Service central de renseignement territorial et l'Office central de lutte contre la cybercriminalité. Le ministère de la justice gère de son côté la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement et la Direction nationale du Renseignement et des enquêtes douanières. Et la liste n'est pas exhaustive.

 

         Or, ces trop nombreux organismes sont peu enclins à collaborer ensemble. Les  rivalités entre service pour des questions de pouvoirs et de moyens matériels sont exacerbées par les discordes politiques, puisque les nominations à la tête de ces administrations ne sont pas seulement méritocratiques. Aussi, quand se matérialise les enquêtes post-attentats, ces querelles s’intensifient, car c’est toujours le bureau concurrent qui n’a pas su anticiper la dangerosité d’un individu ou d’un groupe. Au sein d’un même service, les agents des renseignements sont avant tout des fonctionnaires obéissant soumis à une hiérarchie parfois sclérosée, émoussant les initiatives, limitées de surcroît par des lois nationales et européennes, votées ou amendées pour contenter l’opinion, sans que les moyens soient toujours corrélées toujours aux enjeux.

 

         Quand bien même un terroriste est appréhendé préventivement ou préemptivement, il doit encore être confié à la justice. Or, nos établissements carcéraux ploient sous le nombre de détenus et les magistraux sont trop peu nombreux pour absorber les dossiers qui s’accumulent. Les dernières coupes budgétaires, qui parfois servent d’excuses pour obérer les responsabilités, correspondent hélas à la réalité. La police elle-même est débordée, entre les manifestations, la sécurité lors de rencontres sportives ou politiques, les gangs, les mafias transrégionales, et la gestion des réfugiés. Nos militaires, quant à eux, reviennent exténuées de leurs missions à l’étranger.

 

       Ensuite, endiguer les terroristes dans des espaces transnationaux nécessite une coordination transnationale. Or, les divergences d’intérêts entre pays alliés, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’Organisation du Traité de l’Atlantique nord, lesquels entretiennent aussi une communauté de renseignement kafkaïenne, compliquent encore les échanges d’informations. L’attitude ambiguë de certaines pétromonarchies du Golfe et de la Turquie (pour ne nommer que ceux-là), lesquels achètent des armements occidentaux d’un côté, investissent dans nos économies et soutiennent parfois des groupuscules que nous combattons désespèrent les enquêteurs. 

 

         Enfin, la politique extérieure française manque singulièrement de clarté, accumulant les incohérences stratégiques. Faut-il prioritairement faire choir Bachar El-Assad ou Daech ? Pourquoi collaborer avec la Russie en Syrie en la contenant en Ukraine ? Pourquoi aider des factions Kurdes quand la Turquie s’y oppose. Et comment dépasser les revirements de l’administration Obama, laquelle n’avertie pas toujours à temps la France.

 

         Ces quelques paradoxes et obstacles (parmi d'autres à citer), ne peuvent être dépassés facilement, car ils sont inhérents à n'importe quelle organisation humaine. La victoire contre le terrorisme n’est donc pas pour demain.

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Attention au deuil démocratique

Ce vendredi 13 novembre 2015 est d'ors et déjà gravé dans le marbre de l'Histoire. En effet, par l'ampleur du bilan humain et par les modus operandi des terroristes, ces attentats sont à ce titre inédits. Les massacres de masses et les attentats-suicide mettent en exergue la détermination et l'audace d'individus capables de commettre des actes particulièrement lâches et odieux au nom de ce nouveau totalitarisme qu'est l'islamisme takfiriste. L'Europe passe d'une barbarie à l'autre, du nationalisme impérialiste de la Grande Guerre dont on commémore le centenaire, au terrorisme de Daech, d'Al Qaida et de ses épigones.Paris 13 novembre 1

          Après le sang et la sueur, les larmes s'épandent comme après chaque événement tragique. Mais l'esprit de doit pas en être altéré, d'abord parce que la peur et la panique demeurent parmi les objectifs principaux des terroristes, et ensuite parce que des récupérations politiques s'y grefferont inévitablement. Aussi, comme la critique constructive est consubstantielle à toute démocratie, émettons plusieurs réflexions.

        D'abord, des manifestations vont se dérouler en France et ailleurs. Quoi de plus normal? Après "je suis Charlie", les messages "je suis Marianne" ou "je suis Paris" seront imprimés sur des tee-shirt fabriqués par de petites mains en Asie ou au Maghreb. Première contradiction. Ensuite, l'élan de solidarité internationale envers notre pays ne relève t-il pas de la compassion sélective? La veille, Beyrouth fut victime d'un attentat occasionnant une quarantaine de victimes. Avons-nous exprimé la même indignation? Lorsque le Pakistan, l'Afghanistan, le Nigeria, la Somalie, le Yémen, l'Irak ou la Syrie subissent de pareilles massacres, nous sommes moins loquaces à soutenir les familles endeuillées. Il faut dire qu'une bombe causant 3 morts au marathon de Boston résonnera davantage dans les discours circonstanciés des agoras occidentales, que le sort de plus de 80 paysans égorgés par Boko Aram au Nigeria.

          Maintenant, venons-en à la réponse que la France se prépare à infliger aux agresseurs. D'abord, de nouvelles lois liberticides, selon l'expression consacrées, vont s'empiler sur celles déjà votées, mais peu ou mal appliquées, faute de moyens, de vices de procédures ou de pressions de la société civile. puis, les plans Vigipirate et Sentinelle seront étendus, alors qu'ils s'avèrent aussi inutiles que le déploiement d'un filet à fauves pour attraper quelques cafards. Ces plans sont mêmes improductifs car ils sont onéreux, renforcent le climat anxiogène, et donnent à la France l'apparence d'un Etat policier, ce que recherchent d'ailleurs les terroristes. De même, octroyer plus de moyens aux services de renseignement n'est pas non plus la solution. La plupart des terroristes sont déjà référencés sur des fiches S, et même surveillés, ce qui ne les empêchent pas de franchir les frontières, de revenir du Sahel ou du Moyen-Orient, et de s'équiper en armes en sein même de l'espace Schengen. Or, dans le même temps, les accusations d'apologie du terrorisme se multiplient à l'égard de ceux qu émettent des questionnements parallèles sur la politique extérieure de la France. Où est la logique?

         Reste la solution d'accroître les opérations militaires au Sahel et au Moyen-Orient. Là encore, c'est une incongruité. Les forces françaises engagées, sous ordre de Washington, ne sont pas assez significatives pour faire plier les terroristes. Il faut donc que la France cesse d'intervenir en Irak et en Syrie, surtout après le fiasco libyen, devenu un essaim de terroristes, ce que la Libye n'était pas, après 2003. Après les attentats de Madrid en 2004, le Premier ministre Zapatero avait désengagé son pays de l'entreprise de déstructuration de l'Irak menée par la coalition anglo-américaine. Il l'avait fait, non en cédant devant la barbarie, mais parce que cette guerre était illégitime. Au contraire, la France persiste à jouer les boutefeux au mépris de ses propres intérêts.

        Mais attention, il est hors de question de se laisser séduire par l'esprit munichois. Ne laissons pas ces crimes impunis. Agissons contre les véritables parrains de ces terroristes. Au lieu de multiplier les philippiques creuses (telles que prononcés par notre classe politique et intellectuelle,  pour contenter la foule traumatisée), que la France aille demander des comptes aux États qui soutiennent ces terroristes. Et ils sont connus...car ils achète nos armements. Que la France cesse d'être, à l'instar du Royaume-Uni des années Blair, le caniche des Etats-Unis, et être la cible d'un hydre qu'elle a contribué à créer. Que la France cesse de sacrifier la sécurité de ses citoyens au profit d'intérêts qui ne sont ni les siens, ni ceux des défenseurs des valeurs fondamentales.

 

 

 

 

 

 

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